12/02/2006

Bloqués par la neige...

Me voilà à peine arrivé depuis trois jours et ça y est mes désirs sont exaucés. Mais largement au-delà de mes espérances... Il neige tellement sur New York que tout est bloqué. Plus rien ne fonctionne et les rues sont désertes dès quatre heures de l'après-midi. Je ne devais rester ici que dix jours avant d'aller au Canada pour la Banque. En fait comme les aéroports sont fermés, je suis en vacances forcées. Cela n'est pas pour me déplaire. Le feu dans la cheminée, Brinkley qui dort sur le tapis, le frigo bien rempli et David qui lui aussi est contraint à ne rester là. Il doit y avoir au moins 20 cm de neige sur le rebord des fenêtres. Pas un bruit dans la rue. Les trottoirs ne sont pas dégagés et le paysage est comme en rêve. J'avais tellement voulu me retrouver ici sans avoir à courir entre deux avions. Voilà qui est fait. Benedict, le jeune frère de David est là pour le week end avec son copain Will. Ils sont supers et nous sommes bien tous les quatre (pardon Brinkley tous les six car il y a toi et le chat, j'oubliais). The Doors interprètent "Light my fire" à la radio. David travaille sa pièce de théâtre. Will et Ben sont dans la salle de bain. Ils ont 16 ans et sont splendides. Ben ressemble à David, les mêmes yeux, le même regard profond, la même bouche. Nous nous entendons bien. Il passe son temps à nous dire "i am straight" (je suis hétéro), mais se promène toujours à moitié à poils devant moi, traine toujours avec Will son copain de chambre à Rochambeau et vient se blottir entre David et moi dans notre lit... Je crois que Will, lui, en pince vraiment pour le petit frère. La manière qu'il a de le regarder... Mais sait-on ce qu'on veut, sait-on seulement ce qu'on est à 16 ans ?
16 ans, c'est l'âge de David quand je l'ai connu. Il avait débarqué à Charles de Gaulle où nous étions allés le chercher avec ma mère. Il ne parlait pas encore le français... Il s'est plu tout de suite chez nous. Je venais juste de terminer ma prépa. Officiellement, c'était le correspondant de mon frère Louis... En fait, à part jouer au tennis avec lui ou assister à quelques cours au lycée avec lui, c'est avec moi qu'il a passé le plus clair de ses journées (et de ses nuits). Je l'ai amené partout. Bordeaux, Saint-Emilion, la Dordogne (notre première nuit d'amour sans nous cacher, dans ce petit hôtel de Trémolat où on le prit pour mon frère !). Avec Louis, nous sommes allés à Carcassonne, à Aix, à Antibes, à Monaco. Nous l'avons accompagné à Menton d'où il partait en croisière sur un superbe rafiot. Nous avons continué jusqu'à Strasbourg, en passant par Grenoble et Lyon. Tu étais mon premier véritable amant depuis Antoine chez qui nous avons logé à Paris. Puis tes parents sont arrivés. Je me souviens de notre première rencontre. J'étais inquiet. Ta mère a compris tout de suite et m'a souri. Je crois que ton père ne s'est jamais douté de rien jusqu'à ce que tu lui dises il y a deux ans...
Nos deux familles sont devenues très amies depuis. Non pas parce que nous sommes amants. Simplement parce que le courant est passé entre nos parents respectifs et surtout grâce à la Fête de la Fleur où Placido Domingo enchanta ta mère parmi les 1500 invités réunis sou la serre géante construite pour cette merveilleuse soirée. Tu te souviens: Catherine Deneuve, Depardieu, Bernadette Chirac, l'Ambassadeur américain avec ses gardes du corps habillés en James Bond qui nous faisaient tellement rire. Tu étais beau dans ton smoking. On aurait dit un modèle d'Armani photographié par Bruce Weber ! Nous sommes rentrés à pied avec une bouteille de champagne et deux coupes... Nous avons fait l'amour dans ta chambre... Nous étions nus comme des vers sur ton lit quand nous avons entendu les parents rentrer... Heureusement que nous avions passé l'âge d'être embrassé par nos mères avant qu'elles aillent dormir !
J'ai raconté cette histoire à Ben et Will en préparant la cuisine. Ils ont aimé mon risotto aux quatre fromages. Tiens, Don McLean chante "American Pie". C'est une bonne illustration à mes propos... "bye bye miss american pie"... J'ai intérêt à leur faire de bons plats. Eux aussi sont bloqués : il n'y a aucun train pour Bethesda et de toute façon, le lycée est fermé lundi. David et Ben ne se sont pas encore disputés. Il faut dire que le petit frère est tout gentil quand je suis là. Il vient de sortir chercher de la litière pour le chat. Will m'interroge sur O'Hara que je traduis en ce moment. Je lui parle de Cavafy qu'il ne connaissait pas. Il faudra que j'essaie d'aller lundi chez St Mark's, la librairie de la 3e rue que j'adore. Je vais lui acheter cette édition en anglais des poèmes de Cavafy parue il y a quelques années chez Harcourt, "Before time could change them". C'est une assez bonne traduction, proche de la manière de Yourcenar. 
Will st le fils d'un journaliste politique très en vue à Washington. Sa mère vit à New York où elle organise des expositions. Il ne voit pas très souvent ses parents en fait, et la famille de Ben l'accueille très souvent. Comme je suis aussi la famille de Ben, il se trouve visiblement bien dans l'appartement. 
C'est un garçon bien élevé et très classieux, comme je les aime. Sportif, amateur de hamburgers et de skate, il sait aussi porter cravate et blazer, parle espagnol et français, joue de la flûte (pas de mauvais esprit, messieurs) et voudrait enseigner la littérature à l'université. Un programme. Il a été très marqué par la mort accidentelle de son frère aîné, il y a quelques années. C'est après ce drame que ses parents se sont séparés. Rien de très original en fait.
Pat Benatar hurle son "We belong" et il neige à nouveau. Ben qui vient de rentrer me dit qu'il fait -12° dehors ! Malgré les rideaux tirés et les stores baissés, nous sentons près des fenêtres que le froid assiège l'État de New-York ! L'appartement est bien chauffé. Nous allons dormir tôt. Les garçons regardent un DVD dans le bureau de David. C'est là que les garçons couchent, préférant cette pièce à la chambre d'amis où Ben dort d'habitude.

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