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13 février 2006

New-York n'a jamais été aussi beau

Une atmosphère de rêve ou de dessins animés. Vous savez un de ces trucs avec la musique de Tom Jones derrière. Les restaurants sont vides. Chacun se dépêche de rentrer chez soi, surtout ceux qui habitent en banlieue. Les magasins gardent les clients plus longtemps qui hésitent à repartir dans le froid. Il y a presque un mètre de neige dans les jardins et les parcs. C'est sublime. Nous avons fait avec les garçons un bonhomme de neige géant. Il avait même une carotte en guise de nez. Bref, nous jouons comme des gosses. Merveilleux !

Will

Il est mignon. Il est assis sur le pouf en cuir près du feu, le chien presque vautré sur ses genoux. Il porte un gros pull rouge et Ben, couché devant le feu a posé sa tête sur les jambes de son copain ou bien est-ce sur le dos du chien, je ne vois pas bien depuis l’endroit où je suis assis. Il lit Garfield. A la radio c'est Chicago qui chante "you're the inspiration". Pas nouveau ça (1990-95?), pourtant ça plait aux garçons.
Nous avons dîné d'une omelette aux champignons parfumés et à l'aillé (trouvé au rayon frais de Zabar's, quand je suis allé acheter le riz et les fromages pour le risotto de midi). Je suis heureux avec David bien que nous ne puissions vivre toujours ensemble, lui travaillant ici et moi faisant des allers-retours entre New-York, Londres et la France... Mais parfois, la fraîcheur des garçons comme Will et Benedict, comme le petit jardinier rencontré l'autre jour sur MSN et qui vit à Nantes, ou Ladislas, le jeune musicien rencontré dans le train Paris-Bordeaux le mois dernier, m'attirent et mon désir se fait intenable. J'ai pourtant passé l'âge de courir après tous les corps adolescents qui s'offrent souvent volontiers, le plus souvent sans souci du lendemain. Je veux rester fidèle comme David m'est fidèle.
L’assouvissement des pulsions et l’infidélité sont en contradiction avec mon éthique de vie, ma conception de l’amour. Succomber au désir sans  entrave est trop la règle dans ce milieu homo que je déteste et que nous fréquentons le moins possible. Tirer sur tout ce qui bouge et consommer comme on respire. La baise pour la baise... Berk.
J'aime faire l'amour. J'adore les corps d'ados, surtout ici où la plupart des garçons respire la santé, où ils sont beaux, musclés et la plupart du temps circoncis comme moi ;  mais j'aime aimer, pleurer, m'inquiéter de savoir si mon amour est partagé, laisser monter mon désir et espérer jusqu'à ce que celui que j'aime veuille s'unir à moi, et en partageant le même plaisir, partager le même bonheur. C'est surement la chanson de Ricky Martin "I don't care" qu'écoutent les garçons qui me fait écrire tout ça. Ils dansent avec le chien maintenant !
Les homophobes, comme la mode appelle ceux qui ne partagent pas le goût des garçons pour les garçons, critiquent à juste titre cette incapacité de la plupart des homos à vivre une relation stable, une sexualité retenue, bridée par la fidélité et le respect d'eux-mêmes. Je suis d'accord avec eux, au risque de me faire lapider par les militants gays new-yorkais ou parisiens... Je ne suis heureux dans ma sexualité et dans ma relation amoureuse que lorsqu'elle est stable et respectueuse de l'autre. Les coups d’un soir laissent toujours un goût d’amertume et le corps se sent sale. Non, je n’aime pas ces comportements outrés, provocateurs, jamais repus… Si je suis capable de vivre une relation passionnée, et intense, je la savoure bien plus quand elle est apaisée, physiquement posée, paisible, même si l'amour reste ardent et nos nuits ma foi assez agitées et chaudes - malgré la température extérieure...
Ces notes écrites avec en fond sonore Audra McDonald "your daddy's son".
Les garçons font du bruit, j'ai mis un casque et fermé la porte. David vient de faire un thé vert bouillant avec du Cointreau. Un régal pour affronter la froidure.

Déjà à New-York en 1780 !


Ils ont l'air sévère. Ils le sont. Pourtant, leur culture et leur ouverture d'esprit, les rend plus proches de leur fils David alias Mark, que du monde républicain dans lequel ils évoluent. La baronne (the baroness) comme l'appelle ses enfants est très proche du candidat gay aux élections de New York, Sean Patrick Maloney, jeune avocat dont je dois vous parler et avec qui nous avons dîné l’autre jour chez les parents de David.

12 février 2006

Bloqués par la neige...

Me voilà à peine arrivé depuis trois jours et ça y est mes désirs sont exaucés. Mais largement au-delà de mes espérances... Il neige tellement sur New York que tout est bloqué. Plus rien ne fonctionne et les rues sont désertes dès quatre heures de l'après-midi. Je ne devais rester ici que dix jours avant d'aller au Canada pour la Banque.

En fait comme les aéroports sont fermés, je suis en vacances forcées. Cela n'est pas pour me déplaire. Le feu dans la cheminée, Brinkley qui dort sur le tapis, le frigo bien rempli et David qui lui aussi est contraint à ne rester là. Il doit y avoir au moins 20 cm de neige sur le rebord des fenêtres. Pas un bruit dans la rue. Les trottoirs ne sont pas dégagés et le paysage est comme en rêve. J'avais tellement voulu me retrouver ici sans avoir à courir entre deux avions. Voilà qui est fait. Benedict, le jeune frère de David est là pour le week end avec son copain Will. Ils sont supers et nous sommes bien tous les quatre (pardon Brinkley tous les six car il y a toi et le chat, j'oubliais). The Doors interprètent "Light my fire" à la radio. David travaille sa pièce de théâtre. Will et Ben sont dans la salle de bain. Ils ont 16 ans et sont splendides. Ben ressemble à David, les mêmes yeux, le même regard profond, la même bouche. Nous nous entendons bien. Il passe son temps à nous dire "i am straight" (je suis hétéro), mais se promène toujours à moitié à poils devant moi, traine toujours avec Will son copain de chambre à Rochambeau et vient se blottir entre David et moi dans notre lit... Je crois que Will, lui, en pince vraiment pour le petit frère. La manière qu'il a de le regarder... Mais sait-on ce qu'on veut, sait-on seulement ce qu'on est à 16 ans ?
16 ans, c'est l'âge de David quand je l'ai connu. Il avait débarqué à Charles de Gaulle où nous étions allés le chercher avec ma mère. Il ne parlait pas encore le français... Il s'est plu tout de suite chez nous. Je venais juste de terminer ma prépa. Officiellement, c'était le correspondant de mon frère Louis... En fait, à part jouer au tennis avec lui ou assister à quelques cours au lycée avec lui, c'est avec moi qu'il a passé le plus clair de ses journées (et de ses nuits). Je l'ai amené partout. Bordeaux, Saint-Emilion, la Dordogne (notre première nuit d'amour sans nous cacher, dans ce petit hôtel de Trémolat où on le prit pour mon frère !). Avec Louis, nous sommes allés à Carcassonne, à Aix, à Antibes, à Monaco. Nous l'avons accompagné à Menton d'où il partait en croisière sur un superbe rafiot. Nous avons continué jusqu'à Strasbourg, en passant par Grenoble et Lyon. Tu étais mon premier véritable amant depuis Antoine chez qui nous avons logé à Paris. Puis tes parents sont arrivés. Je me souviens de notre première rencontre. J'étais inquiet. Ta mère a compris tout de suite et m'a souri. Je crois que ton père ne s'est jamais douté de rien jusqu'à ce que tu lui dises il y a deux ans...
Nos deux familles sont devenues très amies depuis. Non pas parce que nous sommes amants. Simplement parce que le courant est passé entre nos parents respectifs et surtout grâce à la Fête de la Fleur où Placido Domingo enchanta ta mère parmi les 1500 invités réunis sou la serre géante construite pour cette merveilleuse soirée. Tu te souviens: Catherine Deneuve, Depardieu, Bernadette Chirac, l'Ambassadeur américain avec ses gardes du corps habillés en James Bond qui nous faisaient tellement rire. Tu étais beau dans ton smoking. On aurait dit un modèle d'Armani photographié par Bruce Weber ! Nous sommes rentrés à pied avec une bouteille de champagne et deux coupes... Nous avons fait l'amour dans ta chambre... Nous étions nus comme des vers sur ton lit quand nous avons entendu les parents rentrer... Heureusement que nous avions passé l'âge d'être embrassé par nos mères avant qu'elles aillent dormir !
J'ai raconté cette histoire à Ben et Will en préparant la cuisine. Ils ont aimé mon risotto aux quatre fromages. Tiens, Don McLean chante "American Pie". C'est une bonne illustration à mes propos... "bye bye miss american pie"... J'ai intérêt à leur faire de bons plats. Eux aussi sont bloqués : il n'y a aucun train pour Bethesda et de toute façon, le lycée est fermé lundi. David et Ben ne se sont pas encore disputés. Il faut dire que le petit frère est tout gentil quand je suis là. Il vient de sortir chercher de la litière pour le chat. Will m'interroge sur O'Hara que je traduis en ce moment. Je lui parle de Cavafy qu'il ne connaissait pas. Il faudra que j'essaie d'aller lundi chez St Mark's, la librairie que j'adore sur la 3e rue. Je vais lui acheter cette édition en anglais des poèmes de Cavafy parue il y a quelques années chez Harcourt, "Before time could change them". C'est une assez bonne traduction, proche de la manière de Yourcenar. 
Will st le fils d'un journaliste politique très en vue à Washington. Sa mère vit à New York où elle organise des expositions. Il ne voit pas très souvent ses parents en fait, et la famille de Ben l'accueille très souvent. Comme je suis aussi la famille de Ben, il se trouve visiblement bien dans l'appartement. Plus tard, comme Ben, il aimerait entrer à Columbia.
C'est un garçon bien élevé et très classieux, comme je les aime. Le genre d'américains qui sauve la mise à cette nation de barbares musculeux et armés. Sportif, bien qu'amateur de hamburgers et de skate, il sait aussi porter cravate et blazer, parle espagnol et français, joue de la flûte (pas de mauvais esprit, messieurs) et voudrait enseigner la littérature à l'université. Un programme. Il a été très marqué par la mort accidentelle de son frère aîné, il y a quelques années. C'est après ce drame que ses parents se sont séparés. Rien de très original en fait.
Pat Benatar hurle son "We belong" et il neige à nouveau. Ben qui vient de rentrer me dit qu'il fait -12° dehors ! Malgré les rideaux tirés et les stores baissés, nous sentons près des fenêtres que le froid assiège l'État de New-York ! L'appartement est bien chauffé. Nous allons dormir tôt. Les garçons regardent un DVD dans le bureau de David. C'est là que les garçons couchent, préférant cette pièce à la chambre d'amis où Ben dort d'habitude.

09 février 2006

souvenirs souvenirs | 09 février 2006


Bon tu as réussi à manger le plus gros hamburger de tout New York et l'un des moins chers au fait. On avait beaucoup plaisanté sur les hot-dogs (...) Et tu t'es fait très câlin le soir à la maison. Notre première nuit... Nous avons bu une bouteille de la propriété de mes parents. Millésime 81. Je t'avais raconté la Foire du Trône à Paris et celle de Bordeaux sur les Quinconces. Tu connaissais celle de Copenhague et Battersy Fun Fair à Londres. Mais c'est à New York que nous sommes ensemble et nous nous aimons... Que dure toujours ce bonheur inattendu.