23/09/2018

Bon dimanche


Jolie silhouette et belles nuances de bleus pour rêver sous le ciel bleu de cette arrière saison qui rend New York si beau, comme sont beaux les garçons après l'été et son insouciance.

Le film Mario, ou quand deux joueurs de foot s'aiment d'amour...


Mario est un film suisse qui est présenté depuis quelques mois sur les écrans. Une découverte et une heureuse surprise. Non pas un énième film à la Brokeback Mountain. Juste une histoire douloureuse qui pourrait être racontée avec comme toile de fonds n'importe quel sport, ici en Amérique mais aussi partout ailleurs dans le monde. Combien d'athlètes gays, jeunes ou moins jeunes osent être ce qu'ils  sont devant leurs camarades, leurs entraîneurs, les sponsors et le public ? Il y a le discours flamboyant de générosité des intellos, des politiques, même des religieux - éclairés - sur l'égalité de tous, le droit de tous à une vivre librement son orientation sexuelle. Il y a les militants LGBT dont le combat est avant tout une lutte pour exister, un combat pour être reconnus comme l'enfant frêle cherche à provoquer l'attention du père solide. Nul autre combat à mener si ce n'est d'assurer que la dépénalisation de l'homosexualité doit être définitivement inscrite dans les tables de la loi universelle. Chacun doit pouvoir vivre et s'épanouir avec l'identité sexuelle (je n'aime pas l'expression, mais quoi de plus clair) qui est la sienne. Débattre s'il s'agit d'un choix ou d'une orientation innée, déterminée par pleins de facteurs génétiques, chimiques, mentaux, sociaux, est un débat inutile. Choisir de l'assumer et choisir d'être heureux de le faire est un sujet qui mérite qu'on s'y intéresse car de ce choix dépendra la vie entière de l'individu, son bonheur et son épanouissement. Les lecteurs d'Animula Vagula Blandula connaissent la position d'Hadrien !


Ainsi, le film suit Mario, un jeune footeux passionné - bien qu'on découvre au fil des images que cette passion a été lourdement induite par son père, joueur raté qui projette dans son rejeton mille rêves qu'il n'a pu vivre - et doué qui est remarqué par son club qui envisage de le faire passer chez les grands, en première division. Il a le football dans le sang tout en sachant le poids que son père fait peser sur lui. soudain tout bascule ou risque de basculer : Mario va tomber amoureux d'un autre joueur, aussi bon que lui, beau, solaire, épanoui, solide. Cataclysme chez le garçon. Quel choix sera le sien ? Le désir, la passion, l'affection, ou le sport et la réussite ?  la caméra très sensible, la finesse du jeu des acteurs, les deux héros bien sûr, mais aussi les seconds plans, les autres joueurs, les parents, les entraîneurs, les amis, une manière de suivre au plus près le protagoniste dans son dilemme, la liberté avec laquelle le cinéaste montre les corps qui s'aiment, sans aucune image triviale mais avec un respect plein de pudeur, et la description du milieu dans lequel tout cela se déroule, font que les deux heures du film passent sans qu'on s'ennuie une seconde...


Nous avons vu le film sur grand écran, Mark et son frère, deux amis de passage et moi . Tous nous étions soufflés par le jeu des deux acteurs, Max Hubacher (Mario) et Aaron Altaras (Leon), leur naturel et leur présence. Bob, acteur apprenti à Los Angeles, en est sorti des étoiles dans les yeux. "Ces allemands" nous a-t-il dit, "c'est l'Actor's Studio puissance 10 !" Voir s'entraîner, sur les campus mais aussi sur les terrains de sport partout autour de nous est quelque chose d'habituel. On prend tous plaisir (qu'on aime les garçons ou pas), à les voir évoluer sur le terrain , courir, feinter, marquer. Il y a quelque chose de très sensuel dans leur expression : avec leurs visages marqués par l'effort, leurs muscles tendus, leur tenue relâchée, leurs torses le plus souvent dénudés, il émane d'eux une impression de santé physique autant que mentale. et pourtant, combien parmi eux sont en proie au doute, à la peur, au désarroi parce qu'ils se réveillent la nuit en sueur, avec l'image d'un de leurs camarades aperçu la veille, au vestiaire ou sous les douches dans la splendeur de sa jeune virilité... 

Quand pour le National League, nous sommes des dizaines de milliers sur les gradins à acclamer nos joueurs préférés, et les autres, est-ce que nous réalisons que forcément parmi eux, ces vedettes indéboulonnables, il y a de jeunes homosexuels refoulés ou non, mais qui en tout cas sont toujours dans le placard... Comme les gamins qui jouent sur la pelouse du parc juste en face de moi, ces professionnels guère plus âgés, meilleurs parce que mieux et davantage entraînés, est-ce qu'ils représentent la société moderne, ici à New York, en France, en Suisse, en Angleterre, ailleurs encore ? Au moins sur une chose. L'éléphant dans un magasin de porcelaines, en terme de diversité, reste la sexualité. Ce film venu de Suisse qui traite de l'unassuming - pas trouvé en français le mot qui dirait aussi simplement les choses - et me fait écrire ces lignes, montre clairement, dramatiquement, sans jamais forcer le trait, pourquoi un jeune homme gay en plein décollage professionnel pourrait avoir à choisir de rester dans le placard. Dans les sports de ballon, en tout cas  dans les premières divisions et à ma connaissance, ce qui doit bien faire une centaine de clubs en occident, il n'y a aucun joueur ouvertement gay...Quand comme dans le film, les rumeurs, la jalousie et les intérêts financiers se mêlent de la vie privée de deux jeunes hommes que tout cela pourrait briser alors qu'il serait de notre devoir à tous, d'entourer leur amour de mille précautions, de discrétion et de respect parce qu'en dehors de l'amour etd e la bienveillance, nos vies ne servent absolument à rien. Et qu'on ne nous dise pas que là aussi il suffit de traverser la rue pour que tout change...


L'argent avant les Droits de l'Homme.



Deux heures de bon cinéma, poignant, émouvant mais jamais pleurnicheur ni bien pensant. Marcel Gisler a su tenir en haleine et rendre ses protagonistes (j'allais écrire ses joueurs) vivants et proches. Le thème aurait pu donner un énième film larmoyant sur les amours impossibles de deux jeunes demi-dieux dans un univers de gros méchants stupides pas beaux. C'est tout le contraire. On suit de jeunes gens confrontés au même dilemme et qui vont réagir différemment, mais avec les mots de tous, les sentiments les plus ordinaires, la souffrance la plus réelle. Rien d'esthétisé, de romanesque. La réalité d'une situation dure et tendue. Mais aussi un message clair et sain qui fait bien mieux que toutes les prises de position, les actions et les manifestations des associations LGBT !


Une énorme et inutile pression pour un tabou stupide.

Marcus Urban, un joueur allemand qui a révélé son homosexualité, très engagé sur les questions de diversité dans le sport de haut niveau, a parlé de la pression énorme qui pèse toujours sur les professionnels du milieu. Il a expliqué au réalisateur : "Outre le talent sportif, il leur faut disposer d’une constitution psychique très forte pour tenir le coup. Un joueur homosexuel doit non seulement supporter la même pression que les autres professionnels, mais aussi être dans un jeu de cache-cache permanent. Cela m’a donné l’idée de créer deux caractères différents qui souffrent du même conflit. Mario est le joueur au cuir épais, qui supporte mieux la pression. Léon est quant à lui moins apte à réprimer ses désirs, il est moins doué pour se mentir à lui-même.

Mario n'a pas d'alternative. Avouer son amour et son homosexualité et prendre le risque d'une carrière avortée. Est-ce que cela règlerait l'homophobie du milieu ? Rentre la tête dans les épaules et nier pour poursuivre sa carrière ?  Il sera toujours temps ensuite de révéler son identité sexuelle... Une saine réflexion que le spectateur va partager avec Mario et Leon aux réactions différentes... Sans rien spoiler, les amateurs de Happy Ending dans les dernières minutes du film pourront penser que tout est toujours possible et que ces deux-là, si beaux dans la découverte et la montée de leur amour, se retrouveront un jour... C'est en tout cas la conclusion à laquelle je suis parvenu en écoutant la bande son du générique de fin...

21/06/2018

Un si charmant sourire

 

Juste pour fêter le dernier jour de travail de la semaine. Nous partons demain pour Vancouver. Deux semaines de vacances. Enfin !

16/06/2018

Narcisse a grandi


Intimacy


Avec l'été qui vient...


Avec l'été qui vient
De bien des choses, je me souviens.
Notre première rencontre
Ton regard déjà tendre
Et puis ce geste délicieux
quand avec tes amis tu es reparti
de ce bar où je venais pour la première fois
Tu as levé la main, discrètement
Personne n'en a rien su
Il n'y a que moi qui l'ai vu
Avec l'été qui vient...   

Ces vers mal tournés et jamais retravaillés, je les ai écris pour Eric, un garçon croisé par hasard dans un bar de la ville où j'ai grandi. Freshman, je goûtais depuis quelques mois aux délices de ma nouvelle liberté d'étudiant. Favorisé, j'occupais avec une de mes sœurs le bel appartement de la famille, j'avais une voiture, de l'argent, et les parents très occupés par les vignes ne s'occupaient guère de nous qu'ils jugeaient désormais assez grands pour se débrouiller seuls. J'avais une petite amie. Je sortais beaucoup mais restais encore bien mal dégrossi, timide et tellement peu sûr de moi. Je n'avais pas dix-neuf ans. 

Ce soir-là, es mais et moi, nous nous étions esquivés d'une soirée trop morne. Un de ces rallyes où nous croisions toujours les mêmes têtes. Un nouveau bar venait d'ouvrir. On en parlait beaucoup à la fac. Nous y sommes allés. Je pénétrais à peine les lieux que j'en aimais l'ambiance. Et puis, au comptoir, entouré d'un groupe de filles et de garçons, il était là. Brun, les cheveux bouclés, une allure dégingandée, souriant, avenant et visiblement très apprécié du petit groupe qui semblait former une cour à ses pieds. Il me vit dans le grand miroir qui couvrait le mur derrière le bar et se retourna. Il plongea ses yeux dans les miens et je fus en une fraction de seconde comme pénétré par une onde magique, électrique. C'était fin juin, je venais de terminer mes examens, l'année scolaire se terminait. J'allais partir sur le bassin rejoindre la famille. Il y partait aussi. Nous nous sommes revus, une fois, deux fois puis tout se passa très vite. Je me souviens... Notre premier baiser dans sa voiture. La buée sur les vitres. Son rire. Puis notre première nuit, dans ma chambre...

21/05/2018

I am God and King and Law !



And he wore a kingly crown ;
And in his grasp a sceptre shone ;
On his Brow this mark I saw :
'I AM GOD AND KING AND LAW.'

 (Shelley - La Mascarade de l'Anarchie)

15/05/2018

Quatorze ans déjà



Tu es rentré dans ma vie il y a quatorze ans aujourd'hui. Un jour de grande chaleur, presque étrange pour cette période quand mai hésite le plus souvent à s'habiller de lumière et de senteurs et que les brumes océanes portent encore les remugles des frimas récents. C'était sur le campus de ton université. un lieu où filles et garçons jouent aux étudiants britanniques, certainement à cause du décor, ces grands arbres centenaires, les murs de brique des collèges et ce fairplay si peu américain que cultivent les WASP de la côte Est. Je sortais d'un séminaire, tu venais de passer le premier de tes examens. Tu étais avec quelques amis et un jeune professeur. Je passais avec un ami enseignant débutant lui aussi. Les deux se connaissaient bien. Nous nous sommes arrêtés. Présentations. Poignées de main. Sourires. Le tien me fit l'effet d'un souffle de fraîcheur et de possibles. Premier regard échangé. Battements de cils et battements d'ailes. Comme un coup délicieux reçu en pleine poitrine. Nous avons fini la soirée tous ensemble. Tu étais attablé avec tes amis quand nous sommes arrivés. Second regard, fort, profond, plein de sens. Devant toi un livre était posé. Un recueil de poésie de Frank O'Hara que je venais de découvrir. Vous étiez tous de futurs architectes, avocats, linguistes ou journalistes. J'avais terminé Sciences Po en France, fait du droit dans la même université et tâté un peu de l'écriture, toujours à Columbia. Pourtant j'avais un peu dévié. Mal tourné me diras-tu un jour où nous étions nous disputés. J'étais en train de devenir banquier d'affaires. Tu t'acheminais avec détermination vers ton Ph D de philosophie et de littérature. Combien de goûts communs, d'idées semblables et d'envies similaires. Tu étais mon cadet de quelques années. Sept ans exactement. Je ne voyais plus que toi, je n'entendais plus que toi. Tu allais devenir mon petit frère, mon âme sœur, le compagnon de mes bons et de mes mauvais jours. Tout en moi le pressentait. Nous avons longtemps parlé ce soir-là. La nuit est vite passée et ce n'est qu'à l'aube du second jour que nous nous sommes embrassés, comme deux jeunes adolescents timides... C'était, te rends-tu compte, il y quatorze ans déjà...
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