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24 août 2023

La grâce, la pureté et le charme...

Comme un ange, l'image à chacune des saisons, dont parle l'écrivain Carlo Coccioli... "Quand il nous est donné de contempler la Beauté personnifiée,c'est un peu le Parnasse qui ouvre ses portes et nous avons soudain l'intuition du paradis, face à ces demi-dieux incarnés."

Je voudrais évoquer cette mémoire : mais voilà, presque rien n'en reste ; elle s'est effacée. Car elle gît très loin, au fond de mes premières années adolescentes.

Une peau, qui paraissait faite de jasmin... Août, cette soirée... Était-ce en août ? Je me souviens à peine des yeux. Ils étaient bleus, je crois. Ah oui, d'un bleu de saphir.


"Corps, souviens-toi, non seulement de l'ardeur avec laquelle tu fus aimé, non seulement des lits sur lesquels tu t'es étendu, mais de ces désirs qui brillaient pour toi dans les yeux et tremblaient sur les lèvres, et qu'un obstacle fortuit a empêchés d'être exaucés... 
 
Maintenant que tout cela appartient au passé, il semble presque que tu t'y sois abandonné... Corps, souviens-toi de ces désirs qui pour toi brillaient dans les yeux et tremblaient sur les lèvres..."
 

"... Avec ses profonds yeux bruns, son beau visage subtil (beauté des jouissances défendues), ses lèvres parfaites, dispensatrices de volupté au corps aimé, ses membres pleins d'une grâce idéale, faits pour des lits que la morale courante juge infâmes..."
 
"Tentation ou simple et naturelle invitation ? Céder à l'appel des sens ou résister au nom d'une morale hypocrite ? Se laisser prendre tout entier par le désir et la passion... Aimer de tout son corps et de toute son âme... 
 
Mon amour pour toi fut de ce bois dense et parfumé qui brûla des années sur notre couche immaculée, encens divin attisé par les dieux. 
 
Derrière les grandes portes de santal et de bronze, enveloppé de gazes et de soies flottantes autour de la couche, l'empereur jeune encore et l'adolescent au corps parfait, aux muscles tendus vers le plaisir et le coeur battant à tout rompre dans la volupté... 
 
Faibles et puissants à la fois, maîtres du monde en cet instant, l'enfant comme le roi, dieux vivants aimés des dieux, couronnés par l'Amour..."

(Poèmes de Constantin Cavafy dans la traduction de Marguerite Yourcenar et notes retrouvées présumées par Hadrien avant la mort d'Antinoüs)
 

2 commentaires:

ZYX a dit…

Merci pour cet aperçu du beau livre de Marguerite Yourcenar que j'ai lu avec beaucoup de plaisir, d'envie et de tristesse

Hersaint a dit…

Quel talent pour évoquer ces
douceurs,ces voluptés divines!
Et les faire partager…On y a gouté !